LIVRE

Introduction – Jean-Isidore Avocat

Mettons nous d’accord tout de suite. Les introductions sont souvent ennuyantes et donnent rarement envie de lire les livres.

Point de cela en ces lieux ! Mais plutôt une belle histoire. L’histoire d’un lycéen qui rencontre une vocation. Celle du droit.

Évidemment, toute ressemblance avec des personnes connues – dont l’auteur – est absolument fortuite.

 

 

La ville, Paris. Dans le XVIème arrondissement. Dans la rue, une ribambelle de jeunes filles sont en train de faire du Pet-Sitting pour des membres de la Haute, qui « n’ont pas le temps de s’occuper eux-mêmes de leur ami canidé » généralement un Uski qui n’a donc pas du tout besoin de grands espaces, et qui – évidemment- se plaît en plein cœur de la Capitale. Heureusement, le bois de Boulogne n’est pas très loin. Mais quand Monsieur va sortir son chien au bois, tard le soir, il n’y a que Madame qui pense que Benito, l’ami à quatre pattes de la famille, va aller courir après les canards du lac inférieur.

Monsieur est d’ailleurs en approche. Dans son gros 4×4 noir de marque allemande à deux syllabes, il est content. Il vient de décrocher un gros contrat pour sa boite et le big boss lui a clairement signifié qu’avec son nouveau poste de sous-directeur, il lui faudrait une voiture de fonction digne de ce nom. Enjaillé par cette nouvelle, il n’a même pas râlé dans les bouchons parisiens. Il faut dire que parcourir les 11 kilomètres qui séparent son domicile de son travail, en seulement deux heures, c’est une performance qui mérite tous les éloges.

Notre brave homme est heureux. La rue Longchamps n’est pas bouchée ce soir là, et il voit déjà le rond point de la Place de Mexico. La maison n’est pas loin.

Il trouve même une place de parking juste devant la porte de son immeuble. Haussmannien. Certes, il s’agit d’une place handicapée, mais la joie a tendance à brouiller la vue. En plus, Monsieur ne voyait déjà pas très bien. Et comme il le dit si bien lui-même « de toute façon, il y aura bientôt plus de places réservées aux handicapés qu’aux gens normaux. Et puis, une personne handicapée n’a pas à conduire. Point barre. ».

Une belle philosophie de vie, qui touchera sans doute le cœur de tous les humanistes qui parcourent de leurs yeux ce magnifique livre.

Le sous-directeur ne le sait pas encore, mais un orage va éclater dans son foyer le soir même. Oh, je sais ce que vous vous dites : sa femme a découvert le goût de son mari pour les femmes de petite vertu, et va le dégager de l’appartement à coup de Louboutin – qu’elle n’aurait pourtant jamais eu les moyens de se payer si son mari ne pesait pas 150k€ par an. Car entre ses cours de yoga, sa petite entreprise d’énergie-thérapie (ou autres ergothérapie, on s’en fout), ses 9 ans de psychanalyse, on ne peut pas dire que madame ramène beaucoup de sous à la maison.

Mais ce n’est pas le sujet. Le problème de ce soir, ça fait 18 ans qu’ils le traînent. C’est ce qui a fait qu’ils sont encore ensemble aujourd’hui. Que voulez-vous, les épreuves ça rapproche. Cette épreuve-ci est en terminale S, et doit passer son bac dans 5 mois. Et dans la famille Bourgeois – ça ne s’invente pas ! – on est très concerné par la réussite du petit à son bachot. Sauf évidemment ledit petit, qui préfère passer son temps à écouter Jul – Maître Gims et autres Black M, « parce que j’aurais aimé être un nigga de la téci plutôt qu’un fuckin white male privilégié et cisgenre ! »

Arrivé chez lui, ayant embrassé sa femme et caressé son chien – le vrai -, M. Bourgeois se sert un doigt de Talisker Single Malt 18 ans d’âge. Sec. Jamais de glace dedans. Sur le tourne disque Inovalley du salon, il met son compositeur préféré.

A peine posé dans le fauteuil du chef de famille, ses pantoufles motif écossais aux pieds, il commence à se détendre. Les violons ne sont pas encore arrivés qu’un Boom Boom Boom lui parvient aux oreilles. Ça vient du bureau dans lequel Jean-Isidore « révise ».

En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le paternel bondit de son fauteuil, pose son verre sur la table basse – sans en faire tomber une goutte -, entre le cendrier et sa cave à cigares, et se rue vers la source de cette nuisance auditive.

– Coupe ta musique pendant que tu travailles !, hurle-t-il dans un spectaculaire claquement de porte.
–  Mais Papaaaeuh ! Je travaille mieux avec ! Et de toute façon, je suis liibre ! Si tu redéfonces la porte du bureau, j’appelle la DASS et je leur dis que tu viens la nuit me…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase : une gifle magistrale vint l’interrompre en pleine tirade. Et en pleine joue.

–  Il est con, pensa-t-il, mais je l’aime quand même ! Adoptant un ton menaçant : Coupe ta musique ou je te coupe les…
– Mamaaaaaaan !
–Jean Isidore ! Ecoute ton père !, cria la mère arrivée sur les lieux de l’altercation.
– Mais maman ! Il a dit qu’il allait me couper les couilles !!!
– Ne parle pas comme ça de ton père toi ! Et s’il doit le faire, il le fera !
– Han j’y crois pas ! De toute façon vous faites tout pour me rendre malheureux ! Bande de naziiiiiiiiiis !!!!
– Va dans ta chambre !, s’emporta M.Bourgeois. Tu m’empêches d’écouter ma musique ! Du Wagner en plus ! La musique préférée de ton père et de ton grand-père !
– Ah ouais ?! Et vous alors ? C’est pas ce que vous faites ?!! Je vous déteste ! De toute façon pour que vous soyez aussi méchants avec moi, c’est que je suis pas votre fils ! Vous m’avez adoptéééé !, hurla-t-il en s’enfuyant dans sa chambre.

La pudeur nous inciterait à le laisser en paix, en position fœtale sur son lit, en train de marmonner diverses imprécations sur ses parents. Il n’est jamais beau de voir un enfant établir des liens de filiation entre ses parents et les ribaudes du coin.

Mais nous sommes sans gêne. Alors tel Jiminy Cricket, nous nous glissons furtivement sous le pas de sa porte. Juste à temps pour saisir l’essentiel de sa colère :

« Ah ouais ? Il veut me couper les couilles ?! Je ne suis qu’un imbécile qui écoute de la musique de merde ?? – sanglots – Hé bien il va voir ce vieux con ! Ce commercial de merde qui n’a qu’une seule inspiration dans la vie, faire de l’argent ! Je vais lui faire fermer son claque-merde une bonne fois pour toute ! Adieu la vie d’artiste, adieu mes rêves ! Donner tort à mon père sera désormais mon nouveau but ! En adresse directe à God himself : Je te prends comme témoin de mon engagement ! Je vais faires des études tellement brillantes qu’il sera obligé de reconnaitre mon talent, et mon intelligence ! Dans sa tête, espérant que Dieu ne l’entende pas : Grand-Père et Grand-Mère seront fiers de moi ! En plus les mecs brillants ont la côte ! Si je peux pécho toutes les meufs en boîte, je suis preneur !

Satisfait de son plan diabolique, il s’installa devant son Mac – fils à papa oblige – et se connecta à Facebook. Il vit qu’il a été marqué sur un article du grand média d’information qu’est Topito. Signe du destin s’il en est, l’article enquête sur le potentiel de copulation des étudiants selon les filières. Une se démarqua largement des autres.

Le droit.

Son sang ne fit qu’un tour, et alla alimenter ce que l’on appellera pudiquement le second cerveau des hommes. En l’espace d’un instant, il s’imagina avocat, juge, prof à la fac, roulant dans une voiture valant 3 fois le prix de l’appartement de ses nazis de parents, se tapant de la coke et des put.. .

Bref. Vous m’avez compris.

Un petit détail qu’il faut préciser à ce moment de cette belle histoire. Jean-Isidore est un con. Un gros con même. On passera sur les motivations plus que douteuses qui l’ont amené à faire du droit, car beaucoup rêvent de gloire et de fortune lorsqu’ils s’inscrivent dans cette belle discipline.

Non. Jean-Isidore est un abruti fini, car il n’a pas lu l’article en entier. Le droit se démarque des autres branches car c’est celle où il y a le moins de copulation entre étudiants. Et l’enquête a inclus dans cette étude les facs de physique-chimie. C’est dire ! Mais ça il ne le sait pas encore. Il s’en rendra compte à la fin de son cursus universitaire, c’est-à-dire bien plus tard.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre brebis égarée par des idées vraiment trop machiavéliques. Lol.

Opérons un petit saut dans le temps. J-I est à la veille de son bac. Ses parents ont étés ravis de son choix de partir en droit. Et Papa peut clairement être fier d’annoncer à ses amis – lors des dîners en ville – que le petit sera juge ou avocat.

Pour l’instant, il en est juste à faire ses vœux Post-Bac.

Il est déjà tard. Ou tôt. Place de Mexico, tout le monde dort.

En faisant plus attention, on remarque qu’un petit bruit vient troubler la nuit paisible des habitants. Ou plutôt des couinements saccadés s’échappent de la fenêtre éclairée d’un des immeubles.

Il s’agit de Jean-Isidore. Seul dans sa chambre, il est éclairé par la lumière bleutée de son écran d’ordinateur. Il veut être discret, et faire croire à ses parents qu’il dort. Et on le comprend. Il se balade sur le net. Facebook, Twitter, Youp… Youtube. L’heure d’éteindre son PC a sonné depuis plusieurs heures déjà. Mais là c’est du sérieux !

Il est stressé. Devant le site d’APB, il hésite. « Dois-je mettre la fac de droit en premier choix ? Il paraît qu’il y a de la maille à se faire, mais quand même, ça à l’air dur ! Si je dois apprendre par cœur toutes les lois qui existent… »

En même temps il n’oublie pas qu’en entrant en fac de droit, il augmente sensiblement ses chances de séduire des petites, en C.A.P Coiffure. Et dans la tête de notre champion, un étudiant en droit impressionne forcément une coiffeuse.

« Mais tout de même, se dit-il, est-ce que je suis fait pour ça ? Je n’ai jamais fait de droit auparavant… Comment je peux savoir si je vais tenir le coup ? »

La grande engueulade de Janvier n’est plus qu’un vague souvenir, mais il ne peut plus faire marche arrière. Tous ses potes sont au courant qu’il va être avocat, et il se surprend même à s’imaginer en robe. Il ne le sait pas encore, mais son goût pour les robes pourra l’aider s’il rate ses études.

Le bois de Boulogne n’est vraiment pas loin de chez ses parents…

Alors que nous nous éloignons de la fenêtre, on entend au loin les couinements qui reprennent de plus belle. Mais cette fois-ci ce n’est pas à cause d’APB. Dans la chambre de Jean-Isidore, le rouleau de Sopalin n’est jamais loin…

En tant que juriste et auteur, je suis investi d’une mission. Eviter à une armée de bacheliers pré-pubères, de se jeter dans la gueule du loup et de signer pour des études de droit. La déconvenue est souvent amère. Entre le niveau intellectuel de vos chers bambins, souvent cons comme des lampadaires[1], et le mental qu’exige de telles études, il existe une sélection au moins aussi drastique qu’en médecine. Au moins. Pff… Pffrt…. PffrtmouaHAHAHAHAH ! La blague !

Plus sérieusement.

Le droit est une discipline noble. Destiné à défendre la veuve et l’orphelin, en chevalier Bayard des temps moderne, le juriste – c’est celui qui pratique le droit – paraît bien souvent inaccessible au commun des mortels. Cet être doté d’une intelligence supérieure, est jalousé par les hommes et adulé par les femmes.

Assez curieusement, de nombreuses personnes détestent le monde du droit. Certains allant même jusqu’à dire que c’est un ramassis de connards prétentieux, parlant latin pour justifier des honoraires beaucoup trop élevés, et pouvoir se payer un troisième Yacht.

Ce qui est bien-sûr faux. Tout le monde sait qu’il est inutile d’avoir trois Yachts. Enfin, les riches le savent bien. Et je dois reconnaître ici, que les fantasmes des pauvres ne nous intéressent que très vaguement. Sauf si c’est un reportage sur Arte.

Mais que voulez-vous, l’humaniste que je suis va essayer de dresser un juste portrait – hum – de l’univers que je pratique depuis plusieurs années maintenant.

Que tu sois juriste, justiciable (c’est quand tu me donnes de l’argent pour que je te sorte des formules magiques en latin, et que pourtant tu perds quand même), étudiant, ou futur étudiant, mon objectif est simple : te donner foi en la Justice, l’Equité, et…

Je me suis perdu.

Bref, tout le monde est touché par le droit, donc tout le monde est concerné par ce que j’écris dans ce livre. Voilà.

[1] Si tu lis ce livre et que tu es bachelier/étudiant, tu es un champion du monde, et je ne pense pas un mot de ce que j’ai écris !

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